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Juste.Equipage
Rapport
– Afrique – Région des Grands Lacs & Cameroun
29 janvier – 15 avril 2008
Il est difficile de condenser dans un simple
rapport tout ce j’aurais à dire concernant notre aventure 2008 dans
la région des Grands Lacs et au Cameroun. Je ne sais trop comment
rendre compte des grandes bénédictions et des difficultés
insurmontables, de l’amour et du manque de confiance, de la
corruption et de l’engagement à servir. Je sais seulement que nos
journées furent remplies d’enseignement, d’écoute, de découvertes et
de nouveaux regards sur tout ce qui se révélait à nous
RWANDA
Eileen Henderson (MCC Toronto), Philippe
Landenne, sj (aumônier, Belgique), Jeff Denault (vidéo/caméra/cuisinier,
Ottawa), Emanuel Krebs et Marylène Têtu (photographe, journaliste,
Vancouver), et Pierre et moi-même formaient la première équipe. Les
quartiers généraux furent établis à l’accueil Iris situé au coeur de
Kigali et immédiatement, anciens et nouveaux amis se joignirent à
nous pour échanger autour d’un Fanta, pain et fromage. Le
va-et-vient fut constant, les discussions fascinantes et on mit la
touche finale à l’agenda pour les 10 prochaines semaines. Notre
premier dimanche fut célébré à la petite église Gatsata et à la
Prison Centrale de Kigali. Philippe s’était finalement laissé
convaincre de porter une cravate – la première fois en plus de 20
ans. Environ quinze minustes plus tard, en attendant d’être ramassés,
les secousses du tremblement de terre (5.4) laissèrent une grand
fissure dans le mur d’argile de l’église. Personne ne fut blessée
dans la région oú nous nous trouvions mais Philippe ne put
s’empêcher de nous rappeler que celà était dû au port forcé de la
cravate
La
F.E.P. (Fraternité évangélique des prisons), sous l’habile direction
du Révérend John Ngabo et de son comité au Rwanda, Burundi and
RDCongo (Kivu) étaient responsables pour l’organisation de nos
sessions de formation. Vingt-et-un aumôniers, pasteurs et bénévoles,
participèrent à la première pleine semaine au Rwanda à
l’introduction à la justice réparatrice (JR). La maison anglicane à
Kigali nous accueillit pour ces sessions. Pierre, Philippe et Eileen
enseignèrent Valeurs et Principes de la JR, le Mur historique,
Modèles d’aumônerie, Justice biblique et justice réparatrice, JR et
l’offenseur, JR et la victime, Étapes de guérison, JR et la
communauté, Implications avec les femmes, et Mission et Vision. Les
participants partagèrent, s’impliquèrent dans des scènes, bâtirent
le mur historique, prièrent, réfléchirent, chantèrent et dansèrent.
En me servant de matériaux bien concrets, j’ai essayé pour la
réflexion et prière matinales de créer quelque chose qui rejoindrait
le groupe. C’est ainsi que nous avons bâti une maison en papier
multicolore avec des briques rappelant les valeurs et techniques
apprises. ( Bien sûr, ces créations pour la prière et réflexion
varièrent chaque semaine dépendamment du contexte culturel.) Comme
Eileen était tombée dans un fossé et s’était cassée la jambe, elle
fut évidemment en retard cette semaine-là! Après une opération et
des journées difficiles à l’hôpital, elle fut à même de rejoindre le
groupe. Jeff parla d’alpinisme avec tout un assortissement
d’équipement à l’appui. Il fallait voir les yeux écarquillés ( mais
ils sont ‘fous’ ces canandiens!) alors qu’il s’habillait pour
escalader les rochers. Emanuel expliqua certains faits fascinants de
la photographie et de son travail/passe-temps en ‘snowboarding’.
Chaque nouvel élément d’information servait à illustrer la nécessité
de garder nos esprits ouverts, d’être prêts à voir le monde sous un
nouvel angle et à tenter de nouvelles façons de réagir à l’injustice
et de pratiquer la justice.
Suite à cette semaine d’introduction, la
Justice réparatrice et la relation d’aide pastorale fit l’objet de
la deuxième pleine semaine pour les 17 participants. Après une brève
revue de la JR et de la théologie pratique, Pierre, Philippe et
Eileen parlèrent du ministère de la présence, de l’écoute, de la
prédication et de notre ministère prophétique. Les étudiants
devaient à chaque jour mener des entrevues structurées. Le jour
suivant, ils partagaient avec le groupe leur rapport ‘verbatim’
permettant ainsi une analyse des points forts et des faiblesses de
l’entrevue. Ce fut un cours bien vivant oú les participants, heureux
d’être ensemble, se permirent aussi de bien rire à certaines des
choses que l’on fait sous prétexte du ‘ministère’ (ie se présenter
chez quelqu’un à 07.00hrs du matin, parler de mille et une choses
sans rapport avec le vrai problème), et, nous l’espérons, devinrent
plus habiles dans leur ministère. A nouveau, gâteau et certificats
marquèrent la fin de cette semaine de formation!
Nous nous sommes impliqués dans plusieurs
initiatives communautaires d’importance au Rwanda. Invités par
Appolinaire Kayitavu Mpumuro, nous avons passé du temps à la
clinique d’aide légale à l’Université de Butare. Nous avons pu
écouter les cas présentés aux étudiants en droit, cas reliés au
génocide, aux disputes des parcelles, recherche des corps non encore
identifiés, crimes de vengeance et nombreux problèmes de santé. Ils
nous ont parlé de leurs programmes et de leurs besoins et nous les
avons encouragés à donner une formation de base en justice et droits
humains aux aumôniers pour les aider à mieux remplir leur rôle
prophétique.
Nous
nous sommes rendus à plusieurs reprises dans la province de Bugesera
oú au cours de plusieurs années un massacre systématique des Tutsis
a eu lieu. Grâce à l’initative de la F.E.P. et de John Ngabo, des
groupes collectifs ont jailli. Dans ces groupes, veuves et victimes
du génocide travaillent côte-à-côte avec les génocidaires et ex-prisonniers
à rebâtir des maisons, à développer une agriculture prometteuse (miel,
cassava, ananas) et à payer les frais de scolarité des enfants tant
des victimes que des génocidaires. Nous avons rarem ent
vu un projet aussi inspirant et émouvant que le projet Twungubumwe
(‘faisons l’unité’) sous le leadership de Pascal Niyomugabo,
lui-même un
survivant.
Nous espérons produire un DVD sur cette initiative importante et
examiner les applications possibles ici au Canada. Nous avons pu
offrir à 30 leaders du project Twungyubumwe un séminaire d’une
journée suivi d’un dîner. Les participants furent incroyablement
ouverts dans leur partage, re-contant et re-vivant des expériences
du génocide et leurs efforts vers la justice et la réconciliation.
Au menu – riz, patates, poulet, isombe, boeuf, salade aux choux,
plantain frit – cuit sur un feu à l’exérieur avait l’allure d’un
festin, un festin bien spécial alors que survivants et offenseurs,
assis ensemble sur l’herbe, partagaient le repas. On présenta au
groupe vêtements, couvertures pour bébé faites à la main par de
chers amis du Canada, et des toiles pour protéger les briques
d’argile servant à bâtir les maisons. Si la pluie tombe avant que
les briques ne sèchent, c’est la ruine des briques!
 On
a aussi passé du temps avec le projet Mamans Naomi, une initiative
de Sophie et Louise pour regrouper femmes et enfants de leur
voisinage. Eileen et moi-même sommes allées en basse-ville avec
Sophie pour l’achat d’une machine à coudre. Grâce au marchandage
professionnnel de Sophie, on en a acheté une à très bon prix. C’est
alors qu’ avec horreur et fascination, on la regarda monter en
taxi-motocyclette et disparaître à l’horizon avec la machine à
coudre à l’arrière absorbant les coups d’une route délapidée. Les
dons de plusieurs canadiens avaient permis l’achat d’une machine à
coudre et d’une machine à tricoter pour ce groupe s’efforçant de
suffire à ses besoins. Ils exprimèrent leur reconnaissance et
appréciation pour les dons de fil, laine, matériaux, cours de
couture, etc.. Eileen et par après Susannah Shantz passèrent du
temps avec ce groupe. Un bon samedi après-midi, il y eut une super
célébration dans le voisinage : Jeff prit au-delà de 200 photos des
enfants et parents, Philippe joua au caricaturiste parmi les chants,
danses et prières en abondance. Merveilleux!
On fit aussi la découverte du projet INEZA, un projet d’atelier de
couture pour femmes ayant contracté le CIDA suite aux viols du
génocide. Une initiative de l’ONU leur donnait accès à des
médicaments mais comme elles prenaient leurs pilules sur un estomac
vide, elles étaient encore plus malades. Elles ne pouvaient
simplement pas se procurer la nourriture pour manger à chaque jour.
Frank, l’organisateur, a permis la mise sur pied d’une mini
coopérative d’affaires pour qu’elles puissent obtenir suffisamment
de nourriture afin d’absorber les médicaments. Il fait de grands
efforts pour vendre leurs merveilleux produits mais c’est tout un
défi à surmonter. Quel groupe merveilleux! Notre aide fut minime,
mais on essaya de les encourager et de promouvoir leur entreprise,
d’offrir biscuits et un peu d’argent pour acheter les graines pour
la plantation de légumes. 
Nous avons visité et parlé dans diverses
prisons et avons pu retourner dans certaines à plus d’une reprise.
Eileen fit cadeau aux femmes de la Prison 1930 de Kigali d’un piqué
créé par les détenues de l’établissement Grand Valley en Ontario.
Les détenues constituent un groupe aux besoins nombreux et variés,
plusieurs d’entre elles attendant des années avant même de connaître
les chefs d’accusation. Comme il est difficile et dispendieux
d’obtenir un avocat, plusieurs n’en ont pas. De plus, comme les
changements de pouvoir sont nombreux, la ligne entre victime et
offenseur est souvent brouillée. Comme plusieurs des offenseurs
reliés au génocide étaient membres du clergé ou engagés dans
l’église, l’église à l’intérieur est souvent forte et bien organisée.
Les conditions physiques des prisons sont souvent abysmales, avec la
surpopulation, le vivre et coucher à l’extérieur sur les champs de
soccer improvisés et sans protection contre les éléments, sur
planchers de ciment, ou empilés les uns contre les autres sur
d’étroites plates-formes. La faim est évidente. Très souvent, ceux
qui ont accès à un peu d’argent peuvent se procurer de la nourriture
préparée par les détenus dans leur coin de la prison. Les
sans-argent demeurent souvent affamés. Dans tous les cas, la
nourriture disponible ne suffirait pas à nous soutenir, vous et moi.
Si vous êtes pour être emprisonné en Afrique, assurez-vous de ne pas
tomber malade. La capacité médicale est minime ou non-existante.
Le
sort des femmes incarcérées est particulièrement peu reluisant.
Elles sont souvent logées soit dans de petites cellules en blocs de
ciment, humides, sans fenêtres ou dans des dortoirs empilées comme
des sardines sur des étagères-servant-de-lit, étroites et sans air,
3 à 4 de haut et une douzaine par rangée. Elles créent pour
elles-mêmes un peu d’espace intime en se servant de vieux morceaux
de linge ou de carton. Les produits hygiéniques leur manquent et
elles rêvent de couvertures et de draps. A la prison de Gysenyi, on
a apporté aux mamans et à leurs enfants du pain, des fruits, des
couvertures pour bébé, des vêtements et du matériel didactique. En
retour, elles chantèrent et dansèrent pour nous et nous sommes
repartis doublement comblés.
Le mois de mars fut un mois de voyages.
Eileen rentra chez elle en boîtant. Emanuel et Marylène retournèrent
à leur quotidien à Vancouver. David (aumônier du Service
correctionnel du Canada à Montréal) et Susannah Sh antz
arrivèrent n’ayant rien perdu sauf le porte-documents de David
contenant ses notes de cours, ses billets et sa bible. Ayant quitté
dans une grande tempête de neige, l’atterrissage dans un pays doux,
lors d’une soirée tropicale, les aida à relativiser leur perte
Burundi
Pierre, Philippe et David enseignèrent
l’introduction à la justice réparatrice aux 18 étudiants à
Bujumbura, Burundi. Ils ont exprimé leur douleur devant leur lutte
constante contre la violence, la corruption, la pauvreté et la faim.
Et en même temps, ils partagèrent des histoires de foi miraculeuse
qui nous renouvelaient. Un aumônier a raconté son enlèvement par les
forces rebelles et comment il avait été forcé de creuser sa propre
fosse. A la toute dernière minute, en échange de sa maison et de
tous ses biens, on le laissa partir. Lui et sa famille se
retrouvèrent donc réfugiés sans aucun sou. Encore une fois, l’idée
de la justice réparatrice impliquant le respect envers la communauté,
l’offenseur et la victime et exigeant un travail d’écoute, du
dire-la-vérité et de la réparation semblait combler un grand vide
leur permettant d’avancer dans leurs vies très difficiles. Le
vendredi après-midi, nous étions fiers de leur remettre les
certificats de Queen’s Theological College, notre partenaire dans
l’enseignement de la JR. De nouveau après le cours, un déjeûner et
une journée-séminaire furent offerts aux autorités gouvernementales
et correctionnelles. C’est à la fois un privilège et un défi de
rencontrer et de partager avec ces personnes tout en demeurant très
conscients que nous ne marchons pas dans leurs souliers et n’avons
pas à assumer leurs responsabilités.
Lors de notre visite à la Prison centrale
Mpimba, nous avons apporté 465Kg de riz et de sucre et 700 barres de
savon et nous sommes joints pour un merveilleux service aux 400
détenus dans l’église derrière les murs. Bien sûr, tous les
prisonniers n’étaient pas à la chapelle. Bien que très brièvement,
nous avons essayé de prendre contact avec les autres à travers les
barreaux de leurs cellules oú ils étaient entassés mais les gardiens
nous éloignèrent de ces lieux de souffrance. Plusieurs ne semblaient
pas en bonne forme. Les facilités sont nettement inadéquates et
oppressives. La pauvreté et les besoins nous regardent en pleine
face.
Jean
Bosco Manihankuye, notre hôte, avait mis au programme notre
participation au service de deux églises locales et une visite dans
une famille. Au cours d’un culte (un peu trop long), quelques petits
gentils bambins se sont donc endormis sur les genoux de Pierre. Nous
avons survécu à la chaleur, à l’humidité et aux voyages sur des
routes pleines de cratères, et Jeff a pu se faire photographier au
sommet du monument Livingstone-Stanley à Mugere : ‘ M. Denault,
j’assume...’
RD Congo
Jean
Didier Mboyo, IPCA Afrique, se joignit à nous pour les dix jours que
nous allions passer à Gisenyi et Goma, villes frontalières. Ce fut
une expérience troublante que de voir la ville de Goma. En 2003,
l’éruption du Mont Nyiragongo ensevelit les deux-tiers de la ville
sous 4 mètres de larve. Il est impossible de
décrire
comment ses habitants en sont arrivés à se créer abri familial sur
ces roches de couleur cendres grises-noires. Comment arriver à
garder ses enfants propres? Oú trouver le bois nécessaire pour
partir un feu? Oú trouver l’argent pour de la nourriture? Oú trouver
l’aide médicale pour la malaria, la fièvre, la dysenterie? Comment
arriver à payer les frais de scolarité dûs à plusieurs reprises au
cours de l’année? Y aura-t-il de la violence ou une incursion des
rebelles aujourd’hui? Qui a le temps ou l’énergie de penser aux
prisonniers dans tout celà? Malgré tout, un groupe résolu de
bénévoles de l’aumônerie nous ont accompagnés à la Prison centrale
de Munzenze dont nous avons pu visiter toutes les sections, adulte,
pour femmes et adolescents, jaser et voir par nous-mêmes les besoins
et la réalité de ce coin du royaume de Dieu, sale et délapidé.
De tous les coins, les prisonniers crient : Regarde-moi, Mama, aide-moi,
Mama, j’ai faim, Mama, je suis malade, je suis votre enfant... A
nouveau, nous avions apporté de la nutrition de base, du savon et
des médicaments. Nous avons accompagné l’aumônier-infirmier bénévole
dans son petit coin sale consacré aux soins de santé oú, avec
révérence, il déposa le petit sac de médicaments et nous remercia
avec émotion. J’avais le sentiment de me trouver sur un terrain
sacré dont le sens profond m’échappait. Associés en prières avec les
pécheurs et les saints, nous avons besoin des paroles de l’Esprit –
nos pauvres paroles ne suffisent pas.


La formation de base en Justice réparatrice du RD Congo a eu lieu à
la maison d’accueil
presbytérienne, à Gisenyi, de l’autre côté de la frontière au
Rwanda. Seize aumôniers furent introduits aux principes de pratiques
justes non-violentes. Tous étaient victimes, certains offenseurs, et
totalement engagés dans le travail auprès des prisonniers et au
travail de la justice, le plus souvent dans des conditions ingrates.
Après la construction du Mur Historique avec ses trois composantes
personnel, politique et prisonniers, les participants prièrent et
hurlèrent leur peine, une image nous rappelant le Mur des
Lamentations à Jérusalem. Le dernier jour du cours, les étudiants
présentèrent une pièce dans laquelle le vol d’une chèvre par une
femme désireure d’impressionner sa belle-mère avec un festin
délicieux était examiné à la lumière des principes de la justice
réparatrice. Trainée devant le magistrat par sa voisine victime du
vol, la femme se défendit en disant que la chèvre en question ne
pouvait pas être celle de sa voisine : ‘ Tout le monde sait que les
pattes de la chèvre de ma voisine sont tournées vers l’intérieur
alors que les pattes de la chèvre que j’ai fait cuire étaient
tournées vers l’extérieur.’ Le rire EST une bonne médecine.
A Goma, nous avons eu le privilège de donner
une journée de séminaire sur la JR aux officiels du gouvernement
pour la région du nord Kivu. Philippe présenta un survol de la JR et
de ses principes. Pierre parla des valeurs et des meilleures
pratiques correctionnelles. David expliqua le rôle des aumôniers
soucieux de justice au sein des réalités carcérales. Constamment,
les questions de pauvreté et de corruption revenaient sur le tapis.
Comment des juges recevant un salaire de moins d’un dollar par jour
arrivent-t-ils à nourrir leur famille? Comment des communautés
profondément divisées en tribus et en groupes rebelles
arrivent-t-elles à coopérer ensemble au bénéfice de toutes? Pourquoi
investir des efforts pour procurer médicaments aux prisonniers quand
le personnel et les gens à l’extérieur – incluant les victimes –
sont aussi en souffrance? Qui payera le transport permettant aux
aumôniers de se rendre à la prison pour offrir le culte? Comment
offrir de l’aide spirituelle quand les hommes et les femmes avec qui
les aumôniers travaillent s’accrochent à peine à la vie? Comment
mettre sur pieds une organisation efficace quand on n’arrive pas à
trouver l’argent pour se procurer des cartes téléphoniques?
Certaines des autorités participant au séminaire se demandaient
comment retourner chez eux? Qui a le billet d’autobus? L’argent pour
un taxi? Pouvons-nous revenir svp?
Cameroun:
En avril, Philippe, Jeff, John Ngabo, Pierre et moi-même volèrent à
travers le continent pour être accueillis à l’aéroport de Douala par
les Srs Jackie Atabong et Mary-Ben. Heureusement qu’elles étaient là
pour nous accueillir car sortir de cet aéroport est un cauchemar
avec la chaleur, la foule, la confusion, les demandes de pots-de-vins
et la malhonnêteté.
Nous
avons eu le privilège de visiter la Prison centrale de Douala oú Sr
Jackie travaille. J’emploie le mot ‘privilège’ car il est essentiel
qu’un lieu comme cette prison soit connu de la communauté locale et
mondiale. La violence, l’aggressivité et la tension étaient
palpables. La prison est surpeuplée, et pendant qu’on cherchait à se
frayer un chemin à travers cette marée humaine, des prisonniers
frappaient du fouet d’autres prisonniers pour les empêcher de
s’approcher pour nous parler ou demander de l’aide. Des armes ayant
été découvertes à l’intérieur , les coupables, en conséquence,
furent suspendus au mur par les chevilles et leur dos frottait sur
un plancher de ciment humide et malpropre. Ils avaient l’air égaré
et nous suppliaient d’intervenir devant cette infraction terrible
aux droits humains. Des centaines de prisonniers étaient étendus
sans rien de significatif à faire. Sr Jackie nous amena visiter le
petit coin d’atelier d’arts et de couture ou avec l’aide de
bénévoles on enseigne aux prisonniers la fabrication d’uniformes
scolaires et de sacs à main. Un rayon de lumière et d’espoir! Les
membres du personnel qui nous accompagnaient étaient nettement
dépassés par l’énormité de la situation, et dans mon coeur je
pouvais comprendre comment ils deviennent paralysés devant tant de
situations désespérées. Seul un appel divin peut permettre aux
aumôniers de retourner à chaque semaine dans un tel endroit.
Sr Jackie avait enrôlé 50 participants pour le cours de base en JR
dans la ville côtière de Limbe. La majorité des participants
venaient de l’ICCPPC (International Commission for Catholic Prison
Pastoral Care). Ils venaient du Cameroun, Nigérie, Congo, Afrique du
Sud, Côte d’Ivoire, Ethiopie, Ghana et la Tanzanie. Un nouvel
élément vient s’ajouter au cours en la personne de John Ngabo qui
parla du travail accompli dans les prisons au Rwanda supporté par
bon nombre de DVDs. Pour plusieurs, il s’agissait d’une première
formation pour le travail en prison et la demande de matériel, de
livres et de partage était forte. Encore une fois, quelle joie à la
fin du cours de pouvoir leur donner un certificat de participation
de l’Université Queen’s et de demander à Dieu de les encourager et
de les protéger.
Notre
visite à une maison de transition et à la prison avoisinante nous
fit confronter à nouveau la dure réalité. Le manque de soins de
santé est flagrant. Comme Sr Jackie est infirmière, partout oú elle
peut, elle crée des dispensaires. Comme toujours, on apporta notre
faible contribution, mais c’est loin de pouvoir enlever la douleur
de voir de nombreuses infections de la peau, la malaria, la faim,
des pieds nus blessés et même un bras cassé dont personne ne
s’occupe. On donna à l’aumônier un bon nombre de paires de sandales
en caoutchouc et on se demandait comment aider nos amis et nos
familles au Canada à comprendre la différence qu’un don d’une ou
deux paires de sandale ferait dans leur vie. Ce simple don de notre
part rendrait la vie beaucoup plus facile à plusieurs personnes.
Pendant notre séjour au Cameroun, j’ai dû faire
plusieurs visites à la clinique locale avec des participants ou des
membres de l’équipe malades et qui, autrement, n’auraient pas pu se
permettre une telle visite chez le médecin. La malaria, c’est
l’ennemi toujours présent. Pour déterminer si vous souffrez de la
malaria, il faut une prise de sang. Vous espérez que la clinique
offre cette possibilité. Ensuite, dépendant des résultats et du type
de malaria, vous recevez des pilules, ou une série d’injections très
fortes ou l’hospitalisation. Après avoir payé le médecin, vous vous
rendez à la pharmacie pour faire remplir la prescription et revenez
ensuite à la clinique pour traitement. Toutes ces démarches
nécessitent comme de raison de longues marches dans la chaleur alors
que vous faites de la fièvre ou, sinon,
vous
vous devez de
trouver l’argent pour une forme de taxi. Si une éprouvette est
échappée accidentellement par le personnel médical (ce fut le cas
lors d’une visite), tout est à recommencer. Si, comme ce fut le cas
une autre fois, une intervention chirurgicale est nécessaire,
préparez-vous à franchir plusieurs étapes avant l’intervention:
courses à la pharmacie en ville pour se procurer des gazes stériles,
du désinfectant, un pansement, une éprouvette pour une injection
contre la douleur, un antibiotique. Au cours d’une autre visite à la
clinique, un bébé avait été opéré d’urgence au cours de la nuit. Il
avait besoin d’une transfusion de sang mais, sans argent, les
parents qui vivaient dans les montagnes étaient désespérés. Le
médecin me demanda si je pouvais acheter du sang pour le bébé. A
nouveau, on entreprit des voyages sur des routes délabrées pour
ramasser ce qu’il fallait. Le bébé reçut enfin la transfusion
sanguine mais il était trop tard et il mourut peu après. On fit
parvenir aux parents en deuil des provisions mais la question nous
hante à savoir comment réconcilier notre style de vie avec le style
de vie de cette belle petite famille, ou avec celui du médecin et
des infirmières à la clinique. Ils étaient tous bouleversés devant
la réalisation de leurs limites, et pourtant, ils continuent à
travailler!
Une
des grandes consolations vers la fin de notre aventure était de voir
le nombre de bagages diminuer. (Entre parenthèses, je dois dire que
l’église baptiste de Bethany à Ottawa est jumelée avec l’Église
épiscopale évangélique et leur école à Kigali. Béthany avait préparé
75 sacs remplis de matériel scolaire, papiers à découper, lettres et
beaucoup d’autres items. Pierrette, de notre bureau, avait créé des
aides-didactiques durables. On s’était engagé à apporter tout ceci
avec nous.) Tous les participants au cours de la JR ont reçu plumes,
crayons, callepins et classeurs. A la fin du cours, chaque personne
reçut un cadeau symbolique pour souligner notre solidarité avec eux
: un petit montant d’argent, du thé, sucre, littérature sur la JR et
le ministère auprès des prisonniers, des marqueurs et, grâce à
Michel de Montréal, des plumes avec l’inscription Just.Equipping et
des mini-lampes de poche! Un des buts pour ‘la prochaine fois’ est
de pouvoir fournir crayons et papier pour les adolescents en prison
qui essaient de poursuivre leur éducation. L’école consiste en une
classe à l’extérieur menée par un autre détenu, un peu plus âgé, et
souvent un ex-professeur. Une planche peinturée en noir et quelques
bouts de craie constituent tout le matériel didactique disponible.
Pas de manuels, pas de callepins, pas de crayons, pas de pupitres ou
d’autres ressources. Tu as besoin d’être vite sur tes patins pour
retenir l’information – il n’y a pas de seconde chance!
Les lunettes, usagées ou non-prescrites, sont en forte demande. Les
aumôniers sautèrent dessus – il n’y en a jamais suffisamment. Une
bouteille d’aspirin ou d’advil est un item fort convoîté. Il y a
toujours un manque de pilules contre la malaria. C’est un défi pour
les aumôniers de trouver l’argent nécessaire pour se rendre et
revenir de la prison. Plusieurs de leurs enfants ne peuvent
fréquenter l’école car ils ne peuvent défrayer les frais de
scolarité. La nourriture est un problème constant. Les mères sont
constamment à se demander comment se procurer les uniformes
scolaires, espadrilles et T-shirts propres.
Les
aumôniers et le personnel correctionnel ont besoin de temps de
renouvellement. Leur travail est gigantesque, déprimant et déchirant.
Ils ont soif de formation. Ils se sentent impuissants face aux
besoins matériels, émotionnels et spirituels de ceux qui sont
emprisonnés, à tort ou à raison. Ils veulent offrir du support aux
familles à l’extérieur mais se demandent comment y arriver. Ils
désirent s’impliquer dans la réparation et la restauration et prient
pour un esprit créateur. Ils doivent être porteurs d’espoir tout en
faisant face à leur situation personnelle désespérée. A Gisenyi, au
Rwanda, il y a 400 lettres écrites par les génocidaires à leurs
victimes qui attendent d’être livrées par un aumônier afin d’amorcer
un processus de dialogue entre eux et leurs victimes. ( Ceci est un
résultat direct, grâce à Dieu, du travail de la FEP et de
Juste.Équipage). Et,
pourtant, il n’y a pas un franc rwandais pour mettre en branle ce
processus.
Et pourtant, pourtant... tout ceci ne présente
pas un tableau complet. Que dire des nombreuses heures passées à
chanter joyeusement, à essayer de danser, à partager et à prier avec
nos chers frères et soeurs. Que de moments liturgiques forts tant
avec les prisonniers qu’avec les victimes! Nous avons dégusté
délicieusement chaque morceau de nourriture locale préparé pour
nous. Les oiseaux multicolores et les lézards nous ont enchantés.
Les enfants étaient d’une beauté frappante. Les femmes sont d’une
force extraordinaire et les hommes tenaces dans l’adversité. Les
jeunes sont pleins d’enthousiasme. Les collines dansantes et les
forêts tropicales font penser au paradis.
La lumière du soleil, un reflet de la Lumière
du Monde cherchant à tout rassembler dans des bras aimants. En
pensant à l’avenir, nous demeurons convaincus du rôle crucial qu’une
formation sérieuse peut jouer pour le futur de l’aumônerie et des
établissements correctionnels dans ces pays et dans plusieurs autres.
Nous sommes submergés de demandes pour de la formation de la part
des aumôniers, des administrateurs, des travailleurs dans le domaine
de la justice, des bénévoles et des membres du clergé. La communauté
à l’extérieur des prisons cherche aussi un nouveau départ, une
réduction de la violence et une guérison de la brutalité du passé et
de la corruption du présent. Les églises ont aussi besoin
d’encouragement. Leur rôle a besoin d’être clarifié. Les jeunes
aspirent à l’éducation et à l’emploi. Nous sommes prêts à continuer
l’envoi d’équipes d’enseignants pour répondre à ces demandes. Nous
ne pouvons toutefois y arriver sans une aide financière et des
partenariats. Comme vous le devinez sans doute, les participants à
nos cours et séminaires doivent être nourris, logés et recevoir de
l’aide pour leur transport puisqu’ils n’ont tout simplement pas les
ressources financières pour défrayer de tels coûts. Les membres de
nos équipes ont fait preuve de grande créativité pour défrayer leurs
frais d’avion, leur voyage à l’intérieur du pays et leur logement.
A chaque année, nous continuons à faire venir
quelques étudiants pour la session intensive de mai en justice
réparatrice à l’Université Queen’s, Kingston, Ontario. Nous sommes
tellement reconnaissants pour le support et le partenariat de
Queen’s. Nous avons produit un Petit manuel de JR et désirons
produire du matériel en français dans le domaine de la JR –
peut-être même traduire certains livres-clefs publiés en anglais.
Pour nos sessions, nous apportons des livres sur la JR, plumes et
papier pour chaque participant et nous devons fournir nos propres
feuilles mobiles, marqueurs, photocopies et autres items didactiques
nécessaires. C’est avec joie qu’à notre retour nous faisons
connaître les besoins reliés à notre travail à nos amis et aux
églises. Nous appelons celà, ‘ le divin débordement’. A ce jour, les
frais de scolarité de quelques étudiants en théologie et en nursing
ont pu être payés ainsi.
Enfin, comment terminer? Sur une note vibrante d’appréciation pour
vous tous qui rendez notre travail possible, qui priez pour nous et
qui, en petits ou grands gestes, partagez le fardeau que nous
portons.
Merci.
Judy Allard, Executive
Director
Just.Equipping
P.O. Box 71053
Ottawa ON
K1P 2W0
Canada
Tel: 613-996-3600
allard@justequipping.org
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